Les talons

image radiologique de talon

On pense souvent que les talons sont une invention pour sublimer les jambes des femmes.
Faux.
À l’origine, c’était une affaire d’hommes;

Pratico pratique

Tout commence au XVe siècle, en Perse.
Les cavaliers portaient des bottes à talons pour caler leurs pieds dans les étriers. Rien de coquet, juste pratique : le talon empêchait de glisser en tirant à l’arc à dos de cheval.
Mais déjà, il était question de posture et de pouvoir : celui qui monte à cheval domine, la plaine, le peuple et le regard.

De la guerre au prestige

Quand ces bottes à talons débarquent en Europe au XVIIe siècle, elles fascinent.
Le talon devient le symbole de la noblesse masculine.
Louis XIV, 1m63 de charisme, en fait son emblème de puissance. Ses célèbres talons rouges, réservés à la cour, affirment le rang social autant que les perruques poudrées ou les dentelles.
À Versailles, plus ton talon était haut, plus ton statut l’était aussi.
Et oser se présenter devant le Roi-Soleil sans talons rouges ? Une provocation.

Quand les femmes s’en emparent

À la fin du XVIIe siècle, les femmes de la noblesse adoptent ces chaussures “masculines”. Pas pour copier, pour détourner.
Elles s’approprient les symboles du pouvoir. La marquise de Pompadour transforme le talon en arme de séduction.
Plus fin, plus cambré, plus sensuel : c’est la naissance du talon Louis XV, incarnation du féminin mis en scène.
Le corps se cambre, les hanches avancent : le talon devient chorégraphie.

Des chopines à la scène

Mais avant les escarpins, il y eut les socques et les chopines.
Dès l’Antiquité, on surélève les semelles pour éviter la boue ou le sable brûlant.
En Italie et en Espagne, les chopines du XVe siècle culminent à plus de 50 cm. Un symbole de prestige, mais aussi de contrainte : marcher devient un luxe.
Une idée que la mode rejouera souvent.

 

La chute… et la revanche

Tout ce qui évoque la royauté tombe : perruques, corsets, talons.
Marcher à plat devient un acte politique.
Il faudra attendre les années 1950 pour que Christian Dior et Roger Vivier redonnent au talon ses lettres de noblesse.
La femme de l’après-guerre se redresse, se cintre, retrouve une allure : jupe corolle, taille fine, escarpins.
Mais derrière le glamour, une tension : élégance ou contrainte ?

Du disco à Prince

Dans les années 1970, les talons compensés reviennent… aux pieds de tout le monde.
Hommes et femmes montent sur scène en plateformes démesurées : David Bowie, Freddie Mercury, Elton John, les rois du glam rock.
Le talon redevient performance, provocation, liberté.
Et un certain Prince, 1m58 d’énergie pure, ne quittera plus ses bottines à 10 cm.
Symbole ultime du génie hors normes, mais aussi du prix du style : ses hanches, brisées par des années de scène en talons, le feront souffrir toute sa vie.

Entre sexisme et pouvoir

Aujourd’hui, les talons divisent toujours.
Outil d’émancipation pour certaines, instrument d’oppression pour d’autres.
Entre posture imposée et choix assumé, ils continuent d’incarner ce tiraillement entre regard extérieur et affirmation de soi.
Et même si la Gen Z les délaisse pour le confort des sneakers, le marché des talons continue de grimper, avec un bénéfice de plusieurs milliards de dollars en 2024.